Vercingétorix en clinique

La statue de Vercingétorix est maintenant classée propriété de la commune d’Alise-Sainte-Reine et inaugurée depuis le 6 septembre 2015. Mais, avant cette fin heureuse, elle a connu depuis son installation sur le mont Auxois en août 1865, de nombreuses aventures. Nous voudrions revenir aujourd’hui sur sa «seconde naissance», en 1978, au terme de longues et tortueuses négociations.

Une très longue patience

Tout commence le 11 juin 1966 lors de l’inauguration de la table d’orientation, à l’occasion de la commémoration du centenaire des fouilles d’Alésia. Présents sur le mont Auxois, Joël Le Gall, professeur à l’université de Bourgogne et conservateur du musée, Hubert Benoist d’Anthenay président de la Société des Sciences de Semur et Jacques Beauger, maire d’Alise, s’accordent pour constater la dégradation de la statue et l’impérieuse nécessité d’une restauration. Mais à qui appartient-elle et surtout qui va payer ? Savoureuse anecdote, le souspréfet de l’époque, Bernard Le Clère, et le Directeur Régional des Antiquités de Bourgogne, Jean-Bernard Devauges, se rendent auprès du prince Napoléon. Ne dit-on pas que la statue a été payée des deniers de l’empereur Napoléon III. Le lointain héritier donne son accord à l’entreprise mais prévient qu’il n’y investira pas un sou.

Le conseil d’Alise délibère en prévenant : « … le Maire fait part du très mauvais état de la statue … Bien que n’appartenant pas à la commune … » (4 septembre 1970). Évocation du sujet comme l’une des principales préoccupations de la commune lors de la réception du conseiller général récemment élu, Pierre Rebourg (11 septembre 1970). Nouvelle délibération le 20 août 1971. En mai 1975, compte-tenu des exigences des entreprises spécialisées avant tout devis, le conseil envisage de lancer une souscription publique. Enfin le 25 février 1977, le Maire « informe le Conseil qu’une somme de 570 000 F a été allouée par la Région et le Conseil Général pour la réparation de la statue de Vercingétorix (…) et pour la construction du pavillon d’accueil aux Fouilles. Le Syndicat Intercommunal du canton de Venarey-Les Laumes a été désigné maître de l’ouvrage». Cette disposition, qui entraînera un épisode tragi-comique lors du retour de la statue, est obligatoire pour assurer la perception de la subvention. En septembre 1977, le Maire informe le conseil d’une intervention du Directeur des Antiquités de Bourgogne auprès du préfet pour que les crédits soient «affectés en priorité à la réparation de la statue».

Puis l’on va discuter âprement d’un projet de belvédère à construire au pied de la statue d’abord en se réunissant sur place le 23 décembre 1977 à 13 heures pour le rejeter une première fois, puis une seconde le 25 février 1978 avant d’accepter en séance extraordinaire le 20 avril une maquette … qui ne sera jamais réalisée !

En route pour Les Riceys (Aube)

Enfin le 12 janvier 1978, après trois semaines de travaux et 12 années de démarches la statue prend la direction des Riceys où l’entreprise « Maison et Ferronnerie » procédera à la cure de jouvence. Dirigée par les successeurs de Louis Maison (Jean puis Jacques et Jean-Noël Moutard), l’entreprise a une réputation internationale. Elle a, entre autres, réhabilité les balcons, grilles et fontaines de la place Stanislas à Nancy. Forte de l’expérience acquise auprès de notre Vercingétorix, elle participera de 1982 à 1986 à la réfection de la statue de la Liberté à New-York.

Retour sur le mont

On en parle encore : ils ont voulu LE kidnapper ! Qui ils? Mais les gens de Venarey-Les Laumes. Désaccord total sur le déroulement de cette mémorable journée du  31 mai 1978. Le chef-lieu du canton souhaitait conserver la statue une journée entière pour la fêter à sa façon. Grande colère du Conseil Municipal d’Alise unanime réuni en séance extraordinaire le  22 mai au soir : «… s’oppose à toute manifestation en dehors de la commune d’Alise et à l’exposition de la statue sur le territoire de la commune des Laumes… demande que la statue soit acheminée directement à son emplacement … ». Cela n’empêchera pas la caméra de l’émission de Jacques Martin « La Lorgnette » (qui a pris la suite du « Petit Rapporteur ») d’immortaliser l’arrêt imposé dans la plaine des Laumes par des individus cagoules armés de bâtons ! Puis le conseiller général, Pierre Rebourg ceint de son écharpe tricolore s’adressera à la statue : «Venarey-Les Laumes aurait souhaité t’offrir l’hospitalité une journée. Tu ne nous en voudras pas, vieux et noble Gaulois. Tu n’en voudras à personne. Cette plaine des Laumes a toujours été ingrate à ton égard ! »

Après cet épisode digne des batailles de fouaces de la guerre picrocholine, sous les yeux d’un public nombreux, la statue retrouvera sa place… Pas tout à fait dit-on, son regard méditatif et un peu triste se serait justement détourné de la plaine pour scruter le mont Réa, là d’où vint la défaite.

Gérard STASSINET et Jean-Paul MAILLOT

 

Sources : Le Bien Public, Les Dépêches, registre des délibérations de la commune d’Alise-Sainte-Reine, entretien avec Jacques Beauger maire de 1965 à 1989, maire honoraire le 21/10/2015, souvenirs et notes de Jean-Paul Maillot conseiller municipal puis maire adjoint de 1971 à 2001