Statue de Vercingétorix

L'anniversaire des 150 ans de l'installation de la statue de Vercingétorix (été 2015) a offert l'occasion de préciser les conditions dans lesquelles le monument le plus célèbre de la commune a été créé mais aussi de dissiper quelques légendes tenaces.

Si l'initiative d'élever la statue revient bien à Napoléon III en personne, preuve a pu être faite enfin que le coût de l'opération n'a pas été imputé sur sa cassette personnelle malgré la rumeur propagée dès l'époque par des courtisans zélés. Le dossier conservé aux Archives Nationales révèle qu'elle a été payée par le secrétariat d’État chargé des Beaux-Arts, lequel a suivi toutes les étapes de son élaboration, depuis l'arrêté signé le 2 juillet 1862 autorisant sa commande jusqu'à son installation le 27 août 1865.

Le même dossier montre clairement que c'est à Eugène Viollet-Le Duc que fut confié l'ensemble de la maîtrise d'oeuvre de l'opération. Il signe le devis initial en date du 16 décembre 1861. Y sont récapitulées les différentes étapes de la construction du socle ainsi que de l'élaboration et de la réalisation d'une statue «de six mètres de hauteur» en «cuivre rouge», la rémunération du sculpteur Aimé Millet pour 6 300 F et celle de Viollet-Le Duc à hauteur de 5% du coût de l'opération, d'un total de 45 129 F. Le document se termine par une intéressante annotation : «me donner le devis d'une statue d'exécution en pierre».

De fait, un second devis est conservé. Il est signé le 24 décembre suivant. Le socle y est moins cher que sur le devis précédent (20 850 F contre 26 700 F). La statue en pierre devait comporter six assises superposées en calcaire de Meursault, pour un cubage total à 15 m3. Le total est évalué à 52 027,50 F.

A Viollet-Le Duc sont revenus plus particulièrement le dessin et le suivi de la réalisation du socle. À l'origine, l'architecte envisageait de l'entourer d'une rangée de faux menhirs dressés comme des bornes : à l'époque, on pensait encore que les mégalithes -menhirs, dolmens dataient de l'époque gauloise. Sans qu'on sache pourquoi, le cercle de pierres levées n'a jamais vu le jour.

La dédicace n'apparaît pas dans ces devis. Elle a fait l'objet d'un devis complémentaire qui prévoit un bandeau de bronze de 9,80 m de long et 180 lettres pour un montant de 1 500 F.

Pour suivre les travaux de construction du socle puis d'installation de la statue, l'agence de Viollet-Le Duc fut représentée par l'architecte sénonais Benoni Roblot. C'est à ce même architecte qu'on recourut en 1894 pour dessiner un projet de grille destinée à entourer le socle afin d'éviter qu'il ne soit couvert de graffitis. Ce projet traîna en longueur faute de finances et finit par être abandonné.

On lit couramment que le sculpteur Aimé Millet était d'origine bourguignonne. En réalité, Aimé Millet était né à Paris en 1821. Son père, peintre miniaturiste renommé, était natif de Charlieu. C'est là l'attache «bourguignonne» que certains ont voulu donner à l'auteur de la statue.

La statue est si intimement liée à Napoléon III qu'on a cru reconnaître les traits de l'empereur jeune dans le visage du chef arverne. Cette interprétation remonte à l'époque du Second Empire sans qu'on sache si elle a été propagée par des courtisans ou des détracteurs de l'empereur. Toutefois, les recherches récentes faites en comparant le visage de Vercingétorix avec les portraits et bustes de jeunesse du prince Louis-Napoléon Bonaparte n'ont pas permis de confirmer cette hypothèse.

À l'occasion du transfert de la statue de Paris à Alise, il était écrit dans un article paru dans le journal L'Écho de l'Auxois que les femmes s'agenouillaient devant le convoi pensant qu'il s'agissait de la statue de « saint Gétorix ». Il est permis de douter de l'objectivité du journaliste. En effet, le publiciste Louis Veuillot raconte la même histoire presque un an plus tôt, le 9 octobre 1864, dans une lettre à Charlotte de Grammont, alors que la statue n'est pas terminée et se trouve encore à Paris. Il semble donc qu'il s'agisse plutôt d'une blague de circonstance qu'on racontait à l'époque dans les salons.

Claude Grapin, Conservateur Départemental chargé du MuséoParc et du Musée Alésia