La statue de Jeanne d'Arc

La statue de Vercingétorix dominant le village, celle de Sainte Reine au bas de celui-ci, comme l’effigie de Jeanne d’Arc ici présente, ne peuvent être dissociées de la ferveur populaire qui les entourait. Ferveur religieuse ou païenne, parfois les deux à la fois, ce fut selon les idéaux dont chacun des personnages pouvait être le porteur et du contexte politique et social du moment. Bref, chacun fut « récupéré », selon des voies diverses, au profit d’un idéal partagé : l’exaltation du sentiment national.

 Mais alors que le courant républicain, largement anticlérical, se faisait l’ardent promoteur du chef guerrier dans lequel il découvre le fondateur de la Nation (sa statue est érigée quelques années avant l’éclatement de la guerre contre la Prusse), d’autres soulignent toute la place que le spirituel peut occuper dans la lutte contre le Mal, incarné par l’occupant ; c’est à Reine et à son effigie, dressée en 1892, qu’il reviendra d’en témoigner.

 Devenue, dans un climat en pleine effervescence, symbole de la fusion des sentiments patriotiques et religieux, notre héroïne (dont la stature nationale et internationale tenait jusque là aux seules vertus de « son » eau et aux miracles qu’on lui prêtait) se voit ainsi promue à une fonction profondément marquée par la chose politique. Ce que beaucoup, dans la population locale, ne pouvaient que difficilement admettre.

 L’implantation, le 1er mai 1901, d’une statue de Jeanne d’Arc à Alise, déchargea quelque peu la petite bergère de ce « poids » qui lui était largement étranger, d’autant plus efficacement que l’inauguration aura lieu le 8 septembre, lors des fêtes de sainte Reine !

 Jeanne en effet,  parfaite synthèse entre l’idéal religieux et l’engagement patriotique, entre le combat mystique mis au service de la défense de la foi chrétienne et l’art de la guerre mis au service de la défense de la Nation, pouvait prétendre représenter à la fois l’Armée et l’Eglise unies dans un même combat.


Ce qu’avait déjà réussi deux ans plus tôt (en 1899), le très controversé évêque de Dijon Mgr Le Nordez, en allant déposer une gerbe de fleurs au pied de la statue de Vercingétorix !

 Quant à notre statue de Jeanne d’Arc, le personnage a pour auteur le sculpteur dijonnais Mathurin Moreau (1822-1912) ; le cheval quant à lui est de Pierre Le Nordez (1815-1912), oncle de l’évêque de Dijon et directeur de l’Ecole des Beaux-arts de Caen. Le socle enfin, taillé dans la pierre de Pouillenay, fut dessiné par l’architecte dijonnais, M. Perreau.