La Source Miraculeuse

C’est sur le lieu même du supplice de Reine, jeune chrétienne martyrisée en 253 sur ordre du préfet romain Olibrius, que jaillit, selon la tradition, une source « miraculeuse », devenue rapidement objet de dévotion populaire et d’activités commerciales diversifiées ( en particulier fondées sur la fabrication par les villageois de chapelets en os et de « boîtes de sainte Reine », sortes de petites châsses à l’effigie de la sainte ).

Habitants du lieu, curés successifs d’Alise, Cordeliers franciscains, évêques d’Autun  et, accessoirement, administrateurs de l’Hôpital, se déchireront pendant trois siècles (de 1498 à la Révolution) pour le contrôle de la source et l’usage de ses eaux. A l’exemple de ce qui est évoqué sur les deux notices voisines (« le musée d’Alésia et l’hôtel du Croissant « d’une part ; « la chapelle sainte Reine et les Cordeliers » d’autre part ).

S’il est vrai que l’eau de Sainte Reine procurait des revenus importants à qui pouvait en tirer profit (oboles versées par les pèlerins, recettes tirées de la vente - licite ou frauduleuse- du précieux liquide), on ne s’étonnera pas que toute remise en question de l’origine « miraculeuse » de ses vertus ne pouvait que menacer les intérêts en place, que ce fussent ceux des exploitants légitimes(représentés notamment par les Cordeliers), ou ceux des opérateurs clandestins (magnifiquement illustrés par la famille Godard), les uns comme les autres élargissant leur négoce jusqu’à Paris par livraisons régulières.

Mais l’émergence d’un courant scientifique s’ouvrant (entre autres spécialités) à l’analyse des composants chimiques des eaux médicinales, miraculeuses ou non, et donc à leurs propriétés thérapeutiques, aboutit, dès la fin de la première moitié du 17ème siècle, à « désacraliser » nombre de sources. Dont celle de sainte Reine qui fit l’objet d’une étude monographique (l’une des premières du genre), rédigée en latin par Jean Barbuot, médecin à Flavigny (il exercera à l’hôpital), publiée peu après à Paris.

Cette « expertise », très vite contestée par d’autres « spécialistes », fut dénoncée sans relâche par les Cordeliers auprès des autorités du royaume. En vain semble-t-il, car la science médicale allait connaître, sous l’impulsion du pouvoir royal, un essor décisif visant à la fois la réorganisation des métiers, le développement des pratiques expérimentales et de la pédagogie dans des institutions reconnues par l’Etat….ce qui n’empêcha pas Louis XIV de mourir d’une mauvaise gangrène !

L’édicule qui abrite la source a été bâti en 1931 ; la grille de protection et son trou, sont d’origine