Sainte Reine

C’est en ce lieu, dit « le carrefour des trois ormeaux », que Reine, jeune bergère de 15 ans, native du village voisin de Grignon et élevée clandestinement dans la foi chrétienne par sa nourrice, fit, en 253, la rencontre du préfet Olibrius accompagné de son escorte. Nous sommes alors au temps de l’empereur Valérien, de sinistre mémoire (comme ses prédécesseurs) chez les chrétiens d’alors.

Selon la version du Mystère de sainte Reine diffusée depuis le 17ème siècle, Olibrius, séduit par la beauté de la jeune gauloise, demande sa main à son père avant de poursuivre son chemin. Son retour sera tragique ! Reine dévoilant sa foi chrétienne et son aversion pour les idoles barbares, insensible à l’avenir brillant qu’à Rome lui promet son soupirant, est jetée au cachot, torturée et finalement exécutée aux abords de la cité gallo-romaine, en un lieu reconnu comme celui de la « source  miraculeuse », au cœur même du village d’aujourd’hui.

La statue ici présente, réalisée en 1892 par Xavier Schanovski (1867-1915), est inspirée de l’imagerie populaire en vigueur au 19ème siècle pour ce qui est notamment la coiffure du personnage. L’œuvre fait référence aux paisibles activités pastorales de Reine ; point d’évocation du martyre mais au  contraire un personnage humble - quoique richement habillé (il est vrai que son père semble avoir été un hobereau local) – au visage exprimant la sérénité la plus paisible. On verra qu’il en sera différemment avec « notre » Jeanne d’Arc, érigée dix ans plus tard dans le village, représentée dans la fougue de la reconquête du pays, l’épée battant au flanc du cheval cabré.

Jadis point de départ de nombreux pèlerinages, le carrefour des Trois ormeaux et sa statue ne sont plus aujourd’hui objet de dévotion que des fidèles de la « petite Église » (devenue, depuis le Saint Synode de 1982, la « petite église vieille catholique »). Ceux-ci, essentiellement originaires du Poitou (où ils compteraient environ 3000 adeptes) et, pour notre Région, du Charolais (300 ?)  sont les héritiers des chrétiens qui refusèrent le Concordat de 1801 signé entre Bonaparte et le Pape Pie VII.