L'hôpital Sainte Reyne pendant la Grande Guerre

Lors de la Révolution Française, l’hôpital Sainte Reyne, jusqu’alors fondation privée, devient un établissement public placé sous la tutelle de la commune (mai 1790). Dès 1792, il devra accueillir quelques soldats blessés, il en recevra beaucoup plus durant les guerres napoléoniennes. En 1809, par exemple, 121 militaires seront pris en charge, 106 en 1806 dont 17 prisonniers (autrichiens, espagnols, russes, prussiens).

Dès les débuts de la IIIème République, la préparation d’une guerre de reconquête des provinces perdues lors de la guerre franco-prussienne de 1870 (Alsace et Lorraine) est une préoccupation permanente. En témoigne, dans le secteur des soins, la loi de juillet 1877 « relative à l’organisation des services hospitaliers de l’armée dans les hôpitaux militaires et dans les hospices civils ». En 1880, en application de cette loi, le Conseil d’Administration de l’hospice d’Alise-Sainte-Reine avec l’accord du Conseil Municipal (Barozet, Blanche, Delavault, Durand, Millon, Pernet, Plaige, Sordoillet) signe une convention avec les ministères de la Guerre et de l’Intérieur. « L’Hospice s’engage à recevoir les malades militaires, de passage ou évacués, ainsi que les autres catégories de malades déterminées par le règlement sur le service de santé de l’armée (…) quelle que soit la nature de leur maladie. Toutefois cette obligation est limitée aux ressources disponibles de l’Hospice. ». Figure en annexe un tableau des prix de journée et des frais de sépulture réglés à l’hospice selon le grade du militaire.

Ces contributions financières de l’État seront relevées en juillet 1917, octobre 1918 puis en octobre 1941. En effet la mission militaire de l’hospice se poursuivra lors de la Seconde Guerre Mondiale. Par ailleurs, l’évolution des prix de 1880 à 1941 en dit long sur la dévaluation du franc au cours de la période.

 

 

1880

1917

1918

1941 Médecine

1941 Chirurgie

Soldats et caporaux

1,50 F/jour

3,18 F/jour

3,81 F/jour

31,95 F/jour

33,70 F/jour

Officiers

3 F/jour

5,15 F/jour

6,35 F/jour

49,20 F/jour

51,90 F/jour

 

De 1914 à 1919, 497 blessés ou malades seront accueillis dans les 70 lits de l’hôpital dédiés à l’accueil des militaires. Le premier est admis le 11 septembre 1914. Soldat de 2ème classe du 61ème régiment d’infanterie, il a été blessé             au bras droit le 9 septembre à ANDERNAY dans la Meuse. Il ressortira le 5 novembre après amputation et sera évacué vers une destination non précisée. Le dernier, un travailleur colonial, est inscrit le 27 janvier 1919 ; l’avant-dernier, un militaire du 45ème régiment d’artillerie, l’est le 16 janvier 1919.

Les archives de l’hôpital conservent les registres d’entrée-sortie de tous ces hommes pour lesquels sont notés : le numéro d’ordre, le numéro matricule, le corps d’appartenance, les noms et prénoms, la nature de la blessure ou de la maladie, la classe, la région militaire, le département d’origine, l’adresse de la famille, la salle d’affectation, la sortie (décès, convalescence, évacuation). Le plus souvent les hommes arrivent par vagues. Certaines d’entre elles peuvent être mises en relation avec les batailles les plus meurtrières, sans véritable certitude toutefois : Artois en septembre 1915, Chemin des Dames en mai 1917, seconde bataille de la Marne en juillet 1918 (en italique surligné dans le tableau).

Durant le conflit, les pertes humaines seront les plus nombreuses en 1914 et 1915, à l’hôpital d’Alise comme ailleurs.

 

 

1914

1915

1916

1917

1918

1919

Total des entrées

90

202

22

70

109

4

Vagues

importantes

 1/11 : 49

  19/11 : 10

5/12 : 10

 

22/11 : 14

5/09 : 39

26/09 : 16

15/12 : 60

 

22/05 : 20

6/09 : 16

29/09 : 15

15/12 : 12

29/05 : 14

2/05 : 12

10/07 : 28

5/09 : 19

 

Décès

6

11

1

0

2

0

 

Évidemment, au regard du total des blessés français de 1914-1918 (4 266 000, Jay WINTER, Encyclopédie de la Grande Guerre), la contribution de l’hôpital Sainte Reyne s’avère bien modeste. Toutefois, même éloigné du théâtre des opérations militaires, l’hôpital Sainte Reyne s’est trouvé mobilisé comme élément d’un système de santé organisé à l’échelle du pays au service des buts de guerre.

On peut enfin s’interroger sur le devenir des 20 poilus décédés dans l’hôpital d’Alise. Pourquoi ne les retrouve-t-on pas dans un carré militaire du cimetière de l’hospice ou du cimetière communal ? Tout simplement parce que toutes les familles – sauf une - ont récupéré la dépouille des leurs avec l’autorisation du sous-préfet de Semur. Seul, Paul NAUDET, soldat dijonnais du 46ème régiment d’infanterie, décédé des suites de ses blessures en décembre 1914, repose dans le cimetière dit « des sœurs », une tombe presque abandonnée qui mériterait une action de sauvegarde avec l’aide du « Souvenir Français » au cours de l’année du centenaire.

 Tombe Paul Naudet

             Stéphane JARLAUD, Gérard STASSINET, association DESNOYERS- BLONDEL