C'était il y a cent ans, dans l'Echo Paroissial d'Alise-Sainte-Reine

(par Gérard STASSINET, président de l’association DESNOYERS-BLONDEL)

 

Nous vous avons fait découvrir l’an passé ce fascicule imprimé chaque mois puis diffusé à tous les habitants de la commune qui a pris la suite du Bulletin paroissial depuis le 1er janvier 1916. Toute une série a été retrouvée par l’une de nos adhérentes, notamment l’année 1917 complète.

Chaque mois Edmond MASSON, curé d’Alise de 1903 à 1939, y donne des nouvelles des Alisiens engagés sur les divers fronts dans la rubrique  "Nos soldats". Voici par exemple l’essentiel du récit le plus long de l’année paru en décembre.

"Parmi le nombreux permissionnaires du front , le dernier mois … le caporal Louis Prudon… l’aspirant Henri Guedeney … l’aide-major Marcel Jazey … le maréchal des logis Alexandre Plaige … le sergent du génie Léon Barbier… le sapeur Emile Barozet … le sergent d’infanterie Louis Godin décoré de la croix de guerre avec palme, après une citation à l’ordre de l’armée dans l’affaire de la Malmaison.

D’autres Alisiens sont-ils fiers d’avoir pris part à cette victoire récente ? Le chasseur Gaston Louette … l’artilleur Octave Barozet … les fantassins Emile Tessiaut, Adrien Martelot, Emile Blondon montèrent à l’attaque … dès le matin du 23 octobre ; les brancardiers Joseph Dampt et Ferdinand Plaige partirent avec les vagues d’assaut. Tous sont revenus sains et saufs, excepté Marcelot qui fut blessé au début de l’attaque, pour la quatrième fois en deux ans, toujours sans gravité.". En juin hommage est rendu à "Eugène Lapipe, du 210è d’infanterie, tué en Serbie le 12 mars, inhumé près du lac Prespa d’après le témoignage de deux soldats originaires d’Alise, Emile Pernet et Fernand Poitou.", eux aussi soldats de l’armée d’Orient.

Il rédige aussi des "Notes de guerre " dans lesquelles il relate les grands moments du conflit et leur traduction à Alise. Ainsi l’on apprend le 3 mars (p. 53) "Le canon ! Pendant le rude hiver, nous étions déshabitués d’entendre sa voix ; aux premiers beaux jours, elle est de nouveau parvenue nettement jusqu’à nous". Le 17 mars : "La Russie est en révolution, le tsar Nicolas II a abdiqué". Le 21 mars (p.68) : "Aujourd’hui sur le mont Auxois, une équipe de soldats du génie travaille à enlever les rails qui supportaient les passerelles à l’usage des visiteurs des fouilles. Réquisition militaire. Ces morceaux de fer vont être expédiés dans les pays reconquis pour la réfection des voies détruites par les Allemands en retraite.". Le 25 mars : "Par ordre du Gouvernement, et pour motif d’ordre économique, toutes les horloges de France sont avancées d’une heure". Premier passage – historique - à l’heure d’été ! Le 8 avril :"Dans l’après-midi, des drapeaux tricolores flottent aux murs de quelques maisons d’Alise : c’est pour célébrer l’entrée de l’Amérique dans la grande guerre, à nos côtés". Les 9 et 10 avril : arrivée de convois de réfugiés en gare des Laumes. Une famille de Sery-les-Mézières est dirigée sur Alise où sont déjà accueillis depuis deux ans trente rapatriés de la Meuse et de la Marne. Le 17 avril (p.71) :"L’offensive française a débuté heureusement sur un front de 40 kilomètres entre Reims et Soissons : plus de 10 000 prisonniers ! " Débute à cette date la tristement célèbre bataille du Chemin des Dames engagée par le général Nivelle. Changement de ton le mois suivant :"Nos troupes n’ont pas eu le succès qu’avait fait espérer la vigoureuse offensive commencée le 16 avril. (p.85) … Le général Nivelle a été remplacé dans les fonctions de généralissime par le général Pétain (p. 86)". "Du 21 mai au 21 juin, rien à signaler sur le front français " (p.103). Pourtant très exactement durant cette période, l’armée française est secouée par d’importants mouvements de refus de combattre ou de monter en ligne : 68 divisions sont touchées soit plus de la moitié de l’armée, mais 9 seulement en profondeur. S’ensuivront 3500 condamnations dont 1380 aux travaux forcés où à de lourdes peines de prison et 554 condamnations à mort, 49 seulement seront exécutées. Les Alisiens auront quelques échos de ces évènements dans le numéro du mois d’août au travers de citations du discours d’un parlementaire, M. de Baudry d’Asson devant la Chambre. Il réclame : "la répression énergique et immédiate de la campagne défaitiste qui se poursuit au grand détriment de la Défense Nationale" et dénonce "les espions et fomenteurs de troubles guettant l’occasion de jeter le désarroi parmi nous." (p.119). Le discours est publié dans son intégralité par le Réveil de l’Auxois. "Le 22 mai, le ciel se fond en eau, et c’est sous l’averse que vingt blessés, évacués des hôpitaux de Dijon, arrivent à l’hôpital de Sainte-Reine"

En fin d’année les Alisiens apprendront que "Malheureusement, nous ne pouvons plus compter sur la Russie. Au lieu de lutter contre l’ennemi commun ; les pauvres Russes en sont venus à se battre entre eux : d’un côté Kérenski, chef impuissant du parti de l’ordre ; de l’autre côté, les révolutionnaires dirigés par un certain Lénine, agent de l’Allemagne, et devenus maîtres de Pétrograd." Mais grande et rassurante nouvelle :"Malgré ses 75 ans, M. Clémenceau vient d’assumer la double charge de ministre de la Guerre et de président du Conseil (le 15 novembre). .. Les catholiques eux-mêmes, oubliant parfois leurs vieux griefs ont fait confiance au "Tigre".

Une promenade au long des 188 pages publiées en 1917 qui permet d’apprécier la précision du récit, la qualité mais aussi la tonalité fort cocardière des informations délivrées aux Alisiens… Bien dans l’esprit du temps et pourtant censurées à plusieurs reprises !!

Enfin l’on peut aussi prendre des nouvelles de la statue de Vercingétorix qui ne sera jamais entourée de la grille artistique prévue… Les fonds collectés viennent d’être affectés à "l’œuvre des prisonniers de guerre" (Avril 1916, p.54).