Garçon! Un Kir! Sa véritable histoire

Tout le monde connaît ce célèbre apéritif, renommé même hors de nos frontières.

Mais connaissez-vous sa véritable histoire ? On se plaît à croire, c’est le célèbre Chanoine KIR, député maire de Dijon, et conseiller général qui l’inventa… oui et non… Rétablissons les faits.

Les municipalités Dijonnaises précédentes, servaient du champagne, lors des réceptions officielles, mais devant le budget inflationniste que cela représentait ; en 1910, le maire en place Mr Barabant, décida de servir un vin blanc, additionné de liqueur de cassis. Cet apéritif n’avait pas de nom particulier, on disait un blanc cassis, ou plus prolétairement, un blanc casse…

Nommé maire de Dijon en Avril 1945, le chanoine KIR, continua la tradition, tout en multipliant les réceptions qu’il donnait pour les nombreux jumelages qu’il affectionnait, avec des villes étrangères dont Dallas aux U.S.A. ! On recense plus de 20 jumelages sous son mandat !

Il recevait à tout va, les vedettes, les hommes politiques de tout bord, les associations, les clubs sportifs qu’il montrait en exemple, à la jeunesse des années 60, qu’il traitait de désœuvrée.

Il recevait cérémonieusement, en prononçant des discours enflammés. Citons parmi les centaines de réceptions, celle donnée en l’honneur des Chevaliers du Pignon Fixe, une assemblée de mordus du vélo, au cours de laquelle, il fut adoubé à l’aide d’une pompe à vélo, tout en conservant une dignité exemplaire !

Le blanc cassis était déjà connu, et servi dans les cafés Dijonnais, souvent avec un vin blanc supérieur, mais notre Chanoine, décida, et imposa que ce blanc cassis devait être servi avec un aligoté, exclusivement, ce qui fût fait. Les mauvaises langues disent qu’il en était très friand… mais on a dit tellement de choses sur le saint homme….

Comme les mauvais esprits qui disaient que la Mairie de Dijon, était le plus grand débit de boisson de la ville…

A l’époque, on se battait pour être de telle ou telle réception, où le KIR, coulait à volonté…

Quand plus haut, je dis, il imposa le blanc cassis à la Mairie, il faut savoir qu’il avait une telle personnalité, et un tel charisme, que personne ne pouvait rien lui refuser, et si lors d’une réunion du conseil municipal, un des membres du conseil émettait la moindre remarque sur telle ou telle décision, il était vite remis en place.

D’ailleurs, c’est un régal de lire le compte rendu de certaines des réunions du conseil ou il traite en plein conseil, l’opposition de toute sorte de noms d’oiseaux.

Bienveillantes ou complices, les secrétaires chargées du rapport du conseil ne mentionnait pas ces dérapages. Mais quand le lendemain, un outragé lui demandait des excuses, il niait avec force avoir prononcé ceci ou cela ! Et souvent conseillait à la personne incriminée de faire soigner son ouïe !

Un personnage, je vous le confirme !

Mais revenons au blanc cassis.

D’emblée sa décision fut un succès. La recette, car il y a une dose précise à respecter, est de 1/3 de crème de cassis, et de 2/3 de vin blanc aligoté, franchit bientôt les limites de Dijon. Pour bien identifier la boisson, les serveurs et clients baptisèrent la boisson le KIR, ce terme entra alors dans le langage courant. Le Chanoine, qui pourtant n’avait pas été à l’origine de ce dénominatif en tira une gloire si grande, que les fabricants de cassis de Dijon, lui firent des offres mirobolantes pour qu’il donne son nom officiellement aux productions apéritives de ceux-ci. Mais nenni, il ne voulu rien savoir, mais en 1950, il accorda, à une maison de liqueur locale, Lejay- Lagoutte, l’autorisation d’utiliser son nom pour la publicité.

On dit, qu’un jour, il l’accordait, et que quelques jours après, il la retirait…

Mais ce fût une belle bataille de procédures, mais la célèbre maison de Cassis Dijonnaise, l’emporta.

Depuis, le célèbre apéritif, reste indissociable de celui de KIR.

Il fût emporté par la maladie à 92 ans, il était encore virulent… Quelques jours avant sa mort, lui parvinrent les premiers échos du prélude des évènements de 1968, il balaya les informations inquiétantes des premières manifestations parisiennes par ces mots :

Si ça c’était passé à Dijon, j’aurais eu tôt fait de calmer ces galopins...

Il y a des dizaines d’anecdotes sur ses interventions municipales, une de celle que je préfère, et elle est authentique, eut lieu lors d’une réunion électorale agitée.

Un opposant l’apostrophe en ces mots : Dis donc Kir, tu parles toujours de ton bon dieu, et pourtant, on ne l’a jamais vu, tu es sûr qu’il existe ? Réponse cinglante du Chanoine : Et mon c…, tu l’as jamais vu, et pourtant, il existe !

L’assemblée conquise l’applaudit à tout rompre, et son contradicteur dut quitter la salle sous les quolibets !

Sa soutane qui ne le quitta jamais, jusque sur les bancs de l’Assemblée, où ses interventions étaient quelquefois redoutées, tant elles pouvaient être intempestives, et imprévisibles…

Allez garçon, de causer donne soif ! Un p’tit dernier avant que je rentre à la maison ! Un KIR, bien entendu !

Avec modération, comme il convient de le dire aujourd’hui !

De là haut, entendre ça, doit le mettre dans des états pas possibles, le KIR ! Et je le comprends !

Daniel GIBASSIER