De l'hôtel au musée

En mai 1881, les premières fouilles entreprises dans la plaine des Laumes s’étant révélées fructueuses, Napoléon III vint à Alise, y fit bâtir un petit musée (aujourd’hui désaffecté, on peut néanmoins le voir un peu plus bas dans la rue, une fois dépassée la grille de l’Hôpital), et décida de poursuivre la  mise à jour des lignes romaines. Cette campagne prit fin en décembre 1865.

 Délaissées par la suite (guerre de 1870), les fouilles connurent leur renouveau lorsqu’en 1906 la Société des Sciences de Semur-en-Auxois prit effectivement en charge la direction des opérations tout en concentrant ses recherches sur la ville d’Alésia dont l’existence avait été révélée par des sondages antérieurs. Les trouvailles se multipliant, la création d’un nouveau musée s’imposait  pour permettre à la fois le stockage des objets, leur restauration et leur présentation au public. La Société des Sciences procède donc à l’achat de l’Hôtel du Croissant, vieille bâtisse de 1673 qu’elle réaménage. Le 18 septembre 1910. M. Dujardin-Beaumetz, sous secrétaire d’Etat aux Beaux- Arts procéda à l’inauguration des lieux. Ceux-ci resteront en fonction jusqu’en 2005, étant alors reconnus inadaptés à l’accueil du public.


Ce haut-lieu de l’histoire d’Alise fera prochainement l’objet d’une reconversion respectueuse de la qualité du site et de la mémoire qui lui est attachée.

Car l’histoire de l’hôtel du Croissant est une page forte de la chronique alisienne !

Dans la deuxième moitié du 17ème siècle, Alise sainte Reine comptait une bonne demi-douzaine d’hôtels destinés à l’accueil des pèlerins les plus aisés. L’Hôtel du Croissant et le bâtiment mitoyen situé au dessous (qui servait de logis aux propriétaires du fonds, les Godard), avait pour supériorité sur ses concurrents d’être situé sur le trajet même de la source souterraine qui alimentait la fontaine « miraculeuse ». Peu scrupuleux, les Godard purent donc ajouter à leurs revenus d’hôteliers ceux de trafiquants en eau ! Au grand dam des Cordeliers, gestionnaires officiels de la source dont le débit devenait aléatoire et la qualité des eaux tributaires des travaux clandestins périodiquement entrepris par l’indélicat voisin. Mais qu’importait aux Godard dont l’eau pure alimentait quelques unes des plus belles tables de Paris ?

 S’il est vrai que pendant 30 années la famille fit l’objet de poursuites, que les fontainiers du Roi, mandatés à Alise firent expertise sur expertise, il n’en reste pas moins que les nombreux arrêts rendus en leur défaveur restèrent lettre morte, jusqu’en l’année 1697, quand le Conseil d’Etat enjoignit les héritiers Godard (le père était déjà mort) de murer leur cave. La sentence, cette fois, fut appliquée.

 Deux cent dix ans plus tard, s’installait le Musée voulu par Napoléon III.