La Chapelle Sainte Reine

L’arrivée des Cordeliers à Alise sainte Reine, en 1644, s’est faite dans un climat passionné qui mettait aux prises, depuis les dernières années du 16ème siècle, l’évêque d’Autun, le curé d’Alise et les habitants du village.

En 1498 en effet, l’évêque, seigneur d’Alise, autorise Jean Clerget, un archidiacre, à construire une petite chapelle intégrant la source « miraculeuse » dans son enclos. Au grand dam du curé qui, du coup, perd une large partie de ses oboles, et de la population du village qui s’estime dépouillée de la partie la plus estimable de son patrimoine foncier. Un compromis sera trouvé, qui ramènera la paix. Mais un siècle plus tard, l’arrivée du curé Jean Cadiou rallumera les hostilités. Celui-ci en effet, soucieux de la légalité (et donc d’affirmer les bons droits de l’Eglise), fait aménager des bains sous la chapelle et entreprend de récupérer les oboles indûment perçues pendant des décennies par les marguilliers (laïcs ou religieux, ceux-ci ont pour tâche de gérer, au sein d’un conseil dit «de fabrique » les biens et les revenus d’un établissement religieux en vue de son entretien ou de sa construction). La coupe déborde lorsque Cadiou se met en tête de rétablir l’impôt sur le vin, oublié depuis longtemps. Les villageois, dépassés par les événements mais néanmoins réalistes, demandent l’intervention des Cordeliers, moines franciscains réputés pour leur sens des affaires, la qualité de leurs relations avec les puissants du royaume, leurs aptitudes dans les batailles juridiques enfin. C’est ainsi qu’en 1644, sur mandat de la Régente Anne d’Autriche, les Cordeliers arrivent à Alise sainte Reine. Avec pour premier objectif de déloger l’impertinent curé !

Ce sera chose faite en moins d’un an. Mais Cadiou s’installant dans la résistance, suivront 22 années de procédures en tous genres, agrémentées de bastonnades et de mises au cachot, sans que le bon droit du curé, toujours reconnu in fine, soit suivi d’effet, le réseau d’influence des Cordeliers s’avérant d’une redoutable efficacité !

 22 années également que les Cordeliers mettront à profit pour construire leur couvent (aujourd’hui disparu, à l’exception de sa chapelle) dans l’ombre conciliante de Mgr d’Attichy, évêque d’Autun depuis 1656. Onze années plus tard, son successeur, Mgr de Roquette, obtiendra du Conseil d’Etat l’annulation de toutes les décisions prises par son prédécesseur en faveur des Cordeliers. Trois années suffiront à ceux-ci pour réduire Mgr de Roquette au silence.

A la Révolution les Cordeliers furent expulsés de leur Couvent, celui-ci saisi comme bien national, puis vendu. Ses pierres, récupérées, furent utilisées dans la construction du canal de Bourgogne.

Quant à l’église ici présente, seul vestige de la présence des Cordeliers, son édification débuta en 1666, en lieu et place de la petite chapelle de 1498. Détruite par un incendie en 1796, sa reconstruction sera achevée en 1863, puis modifiée.

Deux statues sont à remarquer : celles de Sainte Reine, en pierre polychrome, et celle de Saint Sébastien, toutes deux du milieu du 16ème siècle, classées Monument Historique.