Il y a cent ans...

Depuis deux ans, nous publions des extraits de l’Écho paroissial d’Alise-Sainte-Reine qui permettent de connaître la vision de la Grande Guerre et des évènements locaux proposée à l’époque par Édouard Masson,curé du village de 1903 à 1939. Nous pouvons y ajouter cette année quelques notations tirées des carnets de Joseph Laffage (1861-1939), Alisien dont vous aviez déjà pu découvrir les écrits dans Alise Info de 2014 (page 37 et 38).

Un hiver rigoureux s’annonce, dur aux soldats et aux populations civiles proches du front : « Au moment où j’écris ces lignes, le 22 décembre, la neige couvre depuis plusieurs jours la terre gelée, le givre pend aux branches, le thermomètre marque 12 degrés au-dessous de zéro. Cependant nos soldats sont dans les tranchées et de nombreux réfugiés ont été annoncés à M. le Maire d’Alise qui leur cherche des logements. » (E.M.)
Si nos comptes sont exacts, dix foyers de la commune ont accueilli des réfugiés, parmi eux le curé et Joseph Laffage. Ce dernier dans ses carnets note quotidiennement le temps qu’il fait : ses relevés confirment les observations d’E. Masson.

Le 15 mars, un peu avant 2 heures : « Tout à coup, j’entends une forte détonation, puis une autre aussi forte, à quelques secondes d’intervalle ; … les vitres tremblent. Ce n’est pas le canon ; sur le mont Auxois on est habitué à entendre le bruit du canon de la guerre et il ne résonne pas comme cela… Le lendemain, les journaux nous ont appris qu’une explosion s’est produite malheureusement dans un très important dépôt de grenades, à l’usine de La Courneuve, un peu plus loin que Paris. Et nous avons entendu le contrecoup jusqu’ici ! »

Dans le même numéro (avril 1918) Édouard Masson écrit : « Les journaux nous annoncent que l’offensive attendue a été déclenchée principalement sur la partie du front tenue par les Anglais, avec une extrême violence, le 21 mars. » C’est l’opération Michael, première des grandes offensives allemandes du printemps 1918 dont l’échec, en juillet lors de la seconde bataille de la Marne, annoncera la fin de
la guerre.
La situation est si grave que le commandement militaire mobilise de nouveau tous les hôpitaux. Alise doit augmenter de toute urgence le nombre de lits accueillant les militaires blessés.

25 mars : « La terrible bataille continue, les Allemands ont franchi la Somme en plusieurs points… Le canon « kolossal » a lancé de nouveaux obus sur Paris : il doit être installé sur le plateau de Saint-Gobain, dans l’Aisne et porte à 120 kilomètres. » (E.M.)

31 mars : « Aujourd’hui distribution à la mairie des cartes d’alimentation, en attendant une carte spéciale pour chacune des denrées alimentaires. Le régime des restrictions va sérieusement entrer en vigueur. » (E.M.)

29 mai : « 14 blessés évacués de l’hôpital de la Croix-Rouge à Semur arrivent à Alise et furent installés au pavillon des bains, retenu par l’autorité militaire pour y soigner désormais exclusivement des blessés convalescents et des malades de guerre. La plupart des nouveaux venus ont reçu leurs blessures dans les récentes offensives. » (E.M.)

2 juin : nouveau convoi. Ce sont cette fois 12 militaires malades évacués de l’hôpital de Jouarre (Seine et Marne) menacé par l’avance allemande.

10 juillet : pour « remplacer les guéris des précédents convois, 28 soldats évacués de la Marne, ont été reçus au pavillon des bains. » (E.M.)

Le 3 septembre, Joseph Laffage note, et souligne : « Arrivée des Américains au pays, nous avons un lieutenant ».
Et le dimanche 8 septembre jour de la fête de Sainte Reine : « Beau temps la matinée, et pluie vers les 3 ou 4 h. A 2 h, la musique des Américains est arrivée de Bussy, a donné un concert sur la place. Elle devait accompagner la procession ainsi que la troupe ; empêchée à cause de la pluie. Pluie la nuit. ».

Le 15 septembre : « Les Américains se préparent à partir, ils doivent partir à minuit » (J.L.). Dans le numéro d’octobre de l’Écho, É. Masson commente la bataille en cours : « Et l’on peut dire le 22 septembre, que nous occupons à peu de choses près les positions tenues par nous au mois de mars : c’est la revanche des douloureuses journées du dernier printemps. (…) Quant à la victoire des jeunes divisions américaines, fraternellement secondées par les troupes françaises, à Saint-Mihiel, elle fut splendide et autorise tous les espoirs. » (p. 111)

Le 10 novembre Joseph Laffage note et souligne : « Les Américains commencent de monter des baraquements au pays » et le 11 : « A 4 h.1/2 soir entendu les cloches annonçant l’armistice. ». L’Écho paroissial précise : « La signature de l’armistice fut annoncée officiellement au son de tambour municipal. Peu après les cloches de nos trois églises se mettaient en branle pour publier aussi l’heureuse nouvelle. C’était donc vrai. »

Dimanche 17 novembre : « Beau temps sec. A 9 h1/2 messe à l’hospice. Te Deum après la messe, il y avait les pompiers, conseil municipal etc. … Il y avait beaucoup de monde. Les blessés ont chanté. » (J.L.) La relation de l’Écho plus complète est aussi beaucoup plus lyrique : 


Edouard Masson, maintenant libéré de la censure nous promet pour 1919 des récits moins édulcorés, des témoignages de soldats d’Alise qu’il n’a pas osé publier ou qui ont été censurés (noms de lieux manquants, lignes blanches, pages vides).

 Gérard Stasssinet, Président de l'Association Desnoyers-Blondel